Le traitement par la GH pendant l’enfance est considéré comme sûr [1-3]. Cependant, des inquiétudes ont été soulevées sur des associations possibles avec le développement ou la récurrence de cancers, la survenue d’hémorragies cérébrales et la mortalité prématurée [4-8].
Dans la cohorte française SAGhE, le risque de mortalité a été dit augmenté chez 6928 adultes ayant reçu de la GH pendant l’enfance [4]. La mortalité standardisée globale et conditionnelle liée aux tumeurs osseuses, aux maladies cérébro-vasculaires ou de causes non définies semblait augmentée, par comparaison à la population générale française ajustée pour l’âge et le sexe [4]. Cependant, l’analyse d’un autre sous-échantillon de SAGhE, plus petit (N = 2543), constitué de patients belges, hollandais et suédois, n’a pas retrouvé ces résultats [9], et l’étude CCSS (Childhood Cancer Survivor Study) n’a pas trouvé non plus la moindre association entre le traitement par GH et le risque de mortalité chez les survivants d’un cancer ayant été traités par la GH [8].
A cause des biais identifiés a posteriori dans l’étude SAGhE, la mortalité des patients traités par la GH pendant l’enfance n’inquiète plus les spécialistes du domaine. L’étude GeNeSIS, qui a rassemblé des enfants de petite taille d’étiologies variées entre 1999 et 2015, le confirme. La mortalité a été évaluée en utilisant des ratios standardisés de mortalité (RSM), comparant les décès dans la population étudiée et dans la population générale. Si le RSM vaut 1, la mortalité des patients est identique à celle de la population générale; s’il est inférieur à 1, la mortalité est plus faible chez les patients; et s’il est supérieur à 1, elle est plus forte.
L’étude GeNeSIS [10] a regroupé les données de 30 pays pour 9 504 patients traités pendant 4 ans par l’hormone de croissance. À la fin de l’étude, 42 décès ont été rapportés chez des patients traités par la GH pendant 4 ans. Le RSM global était de 0,77 dans cette sous-population. Les RSM n’étaient pas élevés pour GHD, ISS, TS, RCIU, SHOX-D et IRC.
Le RSM était proche de 7 s’il y avait des antécédents de cancer avant le traitement par la GH (N=294). Sur les 14 enfants avec antécédents de cancer décédés pendant le suivi, 7 avaient eu un médulloblastome, 3 un astrocytome, 2 une leucémie, 1 un neuroblastome, et 1 un lymphome de Hodgkin. Ce taux de décès n’est malheureusement pas inattendu chez les patients atteints de ces types de cancer.
Un décès a été signalé chez une adolescente qui avait des antécédents de lupus, d’anémie et de néphrite. Un second décès cérébro-vasculaire a frappé une patiente qui avait un syndrome MELAS, Un autre décès est survenu dans un contexte de syndrome congénital sévère.
L’analyse représentant > 67000 patients-années de suivi, n’a donc finalement révélé aucun risque de mortalité lié à la GH.
Références
- Allen DB, Backeljauw P, Bidlingmaier M, et al. GH safety workshop position paper: a critical appraisal of recombinant human GH therapy in children and adults. Eur J Endocrinol 2016; 174:P1-9.
- Bell J, Parker KL, Swinford RD, et al. Long-term safety of recombinant human growth hormone in children. J Clin Endocrinol Metab 2010; 95:167-77.
- Clayton PE and Cowell CT. Safety issues in children and adolescents during growth hormone therapy–a review. Growth Horm IGF Res 2000; 10:306-17.
- Carel JC, Ecosse E, Landier F, et al. Long-term mortality after recombinant growth hormone treatment for isolated growth hormone deficiency or childhood short stature: preliminary report of the French SAGhE study. J Clin Endocrinol Metab 2012; 97:416-25.
- Ergun-Longmire B, Mertens AC, Mitby P, et al. Growth hormone treatment and risk of second neoplasms in the childhood cancer survivor. J Clin Endocrinol Metab 2006; 91:3494-8.
- Poidvin A, Touze E, Ecosse E, et al. Growth hormone treatment for childhood short stature and risk of stroke in early adulthood. Neurology 2014; 83:780-6.
- Raman S, Grimberg A, Waguespack SG, et al. Risk of Neoplasia in Pediatric Patients Receiving Growth Hormone Therapy–A Report From the Pediatric Endocrine Society Drug and Therapeutics Committee. J Clin Endocrinol Metab 2015; 100:2192-203.
- Sklar CA, Mertens AC, Mitby P, et al. Risk of disease recurrence and second neoplasms in survivors of childhood cancer treated with growth hormone: a report from the Childhood Cancer Survivor Study. J Clin Endocrinol Metab 2002; 87:3136-41.
- Savendahl L, Maes M, Albertsson-Wikland K, et al. Long-term mortality and causes of death in isolated GHD, ISS, and SGA patients treated with recombinant growth hormone during childhood in Belgium, The Netherlands, and Sweden: preliminary report of 3 countries participating in the EU SAGhE study. J Clin Endocrinol Metab 2012; 97:E213-7.
- Quigley CA, et al. Mortality in Children Receiving Growth Hormone Treatment of Growth Disorders: Data From the Genetics and Neuroendocrinology of Short Stature International Study. J Clin Endocrinol Metab 2017; 102(9): 3195-205.




