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Ethique de la médicalisation des transgenres

Deux psychologues cliniciens de genre différent nous proposent une réflexion inspirée par le « réalisme critique » sur le traitement hormonal des adolescents transgenres. Ils ont écrit un article subtil et très documenté permettant de situer cette prescription dans un contexte plus large et de s’interroger sur sa pertinence grâce au libre arbitre médical. Avant d’être des prescripteurs d’hormone, les endocrinopédiatres ont une liberté de penser, une conscience, une culture et des sentiments qui dictent leurs choix médicaux. C’est pourquoi cet article devrait intéresser tous ceux qui sont amenés à accueillir des adolescents transgenres.

Lorsqu’on entreprend la médicalisation d’adolescents se présentant pour changer de genre, la préoccupation éthique doit inclure la liberté d’expression, la qualité du consentement éclairé et le risque iatrogène des traitements prescrits. La demande de changement de genre a augmenté ces dernières années, avant que l’expérience médicale empirique et un débat éthique suffisant aient pu conforter sa réalisation.

Dans le « Dutch protocol » en 2000 [1], le GnRHa est prescrit « pour arrêter la puberté » après 12 ans, en ajoutant après 16 ans les stéroïdes sexuels du genre désiré, et en terminant après 18 ans par les interventions chirurgicales : vaginoplastie pour les garçons, mastectomie/hysterectomie/ovariectomie pour les filles. En 2011, le Tavistock GIDS britannique a commencé à prescrire le GnRHa dès 10 ans [2].

Consentement éclairé et prise de risque iatrogène

Les adolescents demandeurs doivent-ils satisfaire au diagnostic de dysphorie du genre ? Ont-ils la capacité de donner leur consentement à des traitements hormonaux ayant leurs propres conséquences iatrogènes sur la fertilité, le développement génital, la sexualité, la santé osseuse, métabolique ou cardiovasculaire à long terme ? La difficulté éthique principale est qu’au moment de prendre une décision pour soulager leur détresse immédiate, les adolescents ne sont pas dans une situation optimale pour peser ces conséquences. En 2008, le bioéthicien Giordano a promu le GnRHa en Angleterre en proclamant anything is better than life in an alien body [3, 4]. Cependant, au cas par cas, cette proclamation reste l’expression dynamique d’une façon de voir. Il n’est par exemple pas possible de savoir ce que deviendrait un adolescent si, au lieu des prescriptions hormonales du Dutch protocol, il avait reçu un support psychologique expert [5], ou même s’était vu refuser le protocole médico-chirurgical du parcours transgenre.

L’article discute ensuite les positions « transaffirmatives » des uns, les approches plus précautionneuses des autres vis-à-vis des risques iatrogènes des traitements et des interventions chirurgicales. Il transcrit les témoignages de « détransitionneurs ». En le lisant, on apprend dans quel contexte sociétal la médicalisation des adolescents transgenres s’est récemment inscrite dans les pratiques des endocrinopédiatres.

La liberté d’expression des médecins d’adolescents

L’article raconte l’histoire du psychologue clinicien Ken Zucker, démis en 2015 de sa chefferie à la Gender Identity Clinic de Toronto. Pour avoir préféré « aider les enfants à se sentir confortables dans leur propre peau » [6], il a fait l’objet d’une campagne d’activistes du transgenre avec une pétition intitulée Eliminate Dr Kenneth Zucker and his practice of transgender ‘reparative therapy’ (2 000 signataires).

Les attaques contre quiconque s’interroge sur les pratiques « trans-affirmatives » sont décrites avec objectivité et mises en perspective du glissement de la liberté d’expression [7] vers les politiques de l’identité. La critique, le libre arbitre, la liberté d’expression dans les domaines touchant à l’identité sexuelle ne doivent pas devenir tabous.

Références

  1. de Vries AL, Steensma TD, Doreleijers TA, Cohen-Kettenis PT. Puberty suppression in adolescents with gender identity disorder: a prospective follow-up study. J Sex Med. 2011 Aug;8(8):2276-83.
  2. Biggs, M., 2019. Britain’s experiment with puberty blockers. In: H. Brunskell-Evans and M. Moore, eds. Inventing transgender children and young people. Newcastle-Upon-Tyne: Cambridge Scholars Publishing, 40–55.
  3. Giordano S. Lives in a chiaroscuro. Should we suspend the puberty of children with gender identity disorder? J Med Ethics. 2008 Aug;34(8):580-4.
  4. Giordano S, Holm S. Is puberty delaying treatment ‘experimental treatment’? Int J Transgend Health. 2020 Apr 11;21(2):113-121.
  5. Bryant, K. Making gender identity disorder of childhood: historical lessons for contemporary debates. Sexuality research & social policy 2006; 3: 23–39.
  6. Zucker KJ, Wood H, Singh D, Bradley SJ. A developmental, biopsychosocial model for the treatment of children with gender identity disorder. J Homosex. 2012;59(3):369-97.
  7. Arendt, H., 2005. The promise of politics. New York: Schocker Books.