Une très intéressante analyse allemande rapporte une analyse psychologique de 301 femmes Turner de 16 à 37 ans (moyenne 32) recrutées dans 6 pays européens (dsd-LIFE) dont la France. Anxiété, dépression, perte d’estime de soi y sont apparus très fréquents. Ceci pourrait surprendre ceux qui sont tentés de se fier au score de qualité de vie globale (QoL). Celui-ci est trouvé normal chez les 301 patientes, comme chez 568 femmes Turner françaises [1]. Mais cette apparente discordance n’en est pas une. En effet, les scores de QoL ne s’intéressent pas à la vie subjective des patients, mais seulement à des critères assez sommaires qualifiant globalement la vie socio-professionnelle.
L’article fait écho à l’excellente méta-analyse de Morris et al. [2] sur la dépression qui rapportait des symptômes dépressifs chez 50% des adolescentes Turner, plus encore chez les patientes adultes, soit 3 fois plus que dans la population féminine de référence et 2 fois plus que dans l’épilepsie ou le diabète. Morris et al insistent sur la sous-médicalisation des femmes Turner adultes et la sous-psychiatrisation des adolescentes.
Aucune des deux études n’a trouvé de lien statistique avec le phénotype physique (qui n’est évident que dans 25% des cas), le déroulement de la puberté sous traitement, ou la petite taille. Mais la recherche de tels liens est rendue peu fiable par le petit effectif et l’hétérogénéité des phénotypes. Le bon sens médical doit donc aider les endocrinologues à imaginer d’où viennent les sentiments dépressifs souvent profond des adolescentes et femmes Turner. Les raisons objectives de dépression ne manquent pas : très petite taille (153 cm en moyenne, allant jusqu’à 132 cm), anomalies physiques, stérilité, vie sexuelle, maladie chronique. Quant aux traitements adjuvants suivis dans l’enfance ou l’adolescence (GH, œstrogènes), ils ne semblent pas avoir évité la dépression à de nombreuses femmes. Est-ce parce qu’ils ne changent pas suffisamment les traits physiques ? Est-ce parce que l’infertilité et la solitude sexuelle continuent d’affecter gravement beaucoup de patientes ? Ou la dépression est-elle symptôme psychique du syndrome ?
Références
- Carel JC, Elie C, Ecosse E, et al. Self-esteem and social adjustment in young women with Turner syndrome–influence of pubertal management and sexuality: population-based cohort study. J Clin Endocrinol Metab. 2006 Aug;91(8):2972-9.
- Morris LA, Tishelman AC, Kremen J, Ross RA. Depression in Turner Syndrome: A Systematic Review. Arch Sex Behav. 2020 Feb;49(2):769-786.




